Saturday, June 02, 2012

Feuilleton "Lisa au boulot !" - Episode 8 "l'amour et la gifle"

Honnêtement, j’ai eu un haut-le-cœur quand je l’ai vue débarquer dans mon enclos (oui, enclos… un bureau de 1m sur 2m, c’est un enclos !). J’avais accepté une nouvelle mission (après quelques autres particulièrement insipides mais grassement rémunérées !) dans une petite entreprise de peinture en bâtiment. Mon rôle était de réceptionner les appels des clients et noter leurs demandes. L’autre intérimaire était celle qui devait gérer les plannings. Notre mission : une semaine en tête à tête dans l’enclos. Le pire a été l’odeur dès son arrivée : un mélange peu subtil entre la sueur, le rance et la mauvaise crème de jour (ou de nuit… Je doutais qu’elle s’en soit débarrassée par une bonne douche !).
J’ai commencé à me dire que mon enfer allait être trop peu payé pour encaisser « cela » pendant 5 jours. J’ai, dès la pause de midi, traversé le quartier pour trouver une bougie parfumée anti-odeur, en prétextant que j’aimais me sentir « comme à la maison » (et donc, elle m’a regardée comme une benêtte  de première catégorie !).
En revenant, elle avait déjà entrepris de faire « ami-ami » avec le vigile de l’entrepôt et m’a expliqué « clairement » qu’il représentait « son homme idéal ». Heureusement, ce n’était pas mon cas, et je lui ai laissé bien volontiers. C’était sans imaginer la suite des évènements.
Je passe sur le travail à effectuer ; Rien de transcendant, ni même d’intéressant à relater… Par contre, les tribulations de ma collègue d’intérim furent épiques !
Elle a commencé à coller-serrer le vigile, à lui apporter le café à chacune de ses (nombreuses) pauses, de se dévêtir régulièrement devant la fenêtre (d’où il pouvait largement la voir), lui faire « clairement » comprendre qu’il était « son type de mec ». Bref, de la drague ouverte et sans la moindre retenue. Cela m’amusait follement !
Elle me commentait toutes ses « tentatives d’approche » et m’expliquait sa « prochaine tactique », car elle en était sûre : il était fou d’elle, de son corps et de son esprit !
Le vigile commença à s’intéresser à ma collègue et, les grandes manœuvres ont commencé. Entre deux appels, il venait lui porter des fleurs, des gâteaux, des petits personnages de Kinder (j’ai, par ailleurs hérité d’un pingouin et d’une bille) ; Il l’invitait à déjeuner dans son « abri » (bus ?) ; Elle ressortait régulièrement débraillée de leurs rencontres… Bref, j’avais une vue sur Roméo & Juliette version bas de gamme.
Evidemment, le troisième jour fut nettement différent. Le vigile est arrivé, ce matin là, avec une tête patibulaire et l’œil noir. Ma collègue a pensé qu’elle n’avait pas « assuré hier soir » mais quand elle demanda une explication, il la largua violemment d’un « dégage, putain ! ». Elle pleura toute la matinée dans mes bras (et je priai pour un respirateur artificiel pour m’éviter l’asphyxie complète !) et, honnêtement, notre rendement n’a pas été très efficace ce jour-là. A midi, elle tenta une nouvelle approche qui se solda par une dispute violente dont tous les clients du bar (trottoir opposé) purent profiter en se tenant les côtes de rire. Elle le harcela toute la journée et le lendemain matin, la scène recommença. Notre « patron », absent les trois premiers jours, était de retour après une mission et demanda à ses ouvriers « ce qu’il se passait dans cette maison ». Vite mis au courant des allers et venues du vigile et de l’intérimaire, ainsi que du déroulement de la « love-story », il interdit au vigile de l’approcher jusqu’à la fin de la semaine, puis il vint dans notre enclos pour exprimer « clairement » (c’est une manie ?) sa vision de la « bonne conduite dans une entreprise ». Il hurla si fort que le patron du bar d’en face arriva pour voir « si on n’égorge[ait] pas quelqu’un ? ». Il se mit dans une colère homérique et ma collègue fondit en larmes.
J’aurais pensé être épargnée par tant d’hystérie mais quand il se tourna vers moi pour me lancer un peu aimable :
Et vous, ne vous avisez pas à draguer un de mes ouvriers, sinon, je vous renvoie sur le champ !
J’ai répondu un souriant « Désolée, je pense que nous ne jouons pas dans la même ligue ! », qui l’a amusé.
Bref, le ton monta entre eux deux et il nous demanda de « rentrer plus tôt, histoire de s’aérer jusqu’à demain ».
Ma collègue alla voir, en partant, le vigile et se prit une magistrale claque qui lui laissa une belle empreinte pendant une heure… et qui fît glousser au bar d’en face.
Evidemment, j’ai téléphoné à «Tuveuxbosserbentantpis » pour les informer que nous allions « sûrement finir la mission plus tôt que prévu » sans préciser la raison. Mais  ma collègue, par honnêteté, appela pour se désister le lendemain matin et je finis donc seule dans mon enclos.
Le vigile vint me saluer le vendredi soir et eut le culot de me demander le numéro de ma « collègue » pour s’excuser. Comme je ne l’avais pas, j’ai suggéré à ce doux imbécile (visiblement mordu) d’appeler « Tuveuxbosserbentantpis ».
J’ai recroisé ma « collègue » à l’agence quelques semaines plus tard où elle m’informa qu’elle s’était « mis à la colle » avec le vigile après qu’il eût quitté « sa femme, cette connasse » qui l’avait menacé de « tuer la putain » avec qui il la trompait… La Directrice d’agence de « Tuveuxbosserbentantpis » n’en revenait pas et lui signa, soulagée, son solde de tout compte.

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